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Travaux du 24 septembre – Planche des 50 ans de notre Loge

Cette planche est le résultat d’un travail commun entre les Orateurs de la L:. David d’Angers (à l’Or:. d’Angers vous l’aurez compris…), jumelée à notre L:. et dont les FF:. ont fait le déplacement à l’occasion de notre cinquantenaire.

Regards croisés sur la Franc-Maçonnerie.

Or∴ Tradition : 
T∴R∴G∴M∴, V∴M∴, Dignitaires qui décoraient l’O∴, et vous tous mes biens chers FF∴,
Dans le cadre du jumelage nos LL ainsi que de la visite de nos FF∴ pour célébrer notre jubilé, c’est avec plaisir et honneur que nous vous présentons ici le fruit de nos réflexions communes: notre regard croisé sur la franc-maçonnerie.

Or∴ Tradition :       
Mon T∴C∴F∴, Quel plaisir de vous recevoir ce Midi. Selon nos usages et la Tradition maçonnique c’est à nous, FF Or∴ de nos loges, de partager une réflexion personnelle avec nos FF∴. Cela fait 50 ans que Tradition existe, 30 ans que nos ateliers se rencontrent, quel regard pouvons-nous porter sur notre engagement ?

Or∴ D. d’Angers :  
Mon T∴C∴F∴, je suis moi aussi très heureux de vous rencontrer aujourd’hui, pour la première fois. C’est étonnant, car bien que nous ne nous soyons jamais rencontrés, j’ai la profonde conviction que nous sommes très proches et que nous avons beaucoup de choses en commun à explorer. Ce regard croisé me semble pour cela une très bonne approche. Pour commencer, tous les FF∴ ici présents ne savent peut-être pas ou plus, comment notre lien s’est créé ? Pouvez-vous me rappeler la genèse de notre jumelage ?

Or∴ Tradition :       
Pour préparer votre accueil, j’ai cherché dans la mémoire de l’Atelier, ce qui nous a amené à nous retrouver ici, aujourd’hui.
Dans les années 90, un jeune F∴ musicien et chef d’orchestre, Jean-François Moineau, pas encore M∴ à l’époque, a été affecté à la direction de l’orchestre de l’opéra d’Angers.
Naturellement, il a cherché à rejoindre, là-bas, une L∴ pour poursuivre son travail et son parcours maçonnique.

Il a alors visité certains A∴  de l’O∴ d’Angers et s’est trouvé chez lui chez vous, au sein de la L∴ #42, David D’Angers. A la fin du mois de novembre 1992, pour maintenir les liens qui nous unissent à nos FF, une délégation de Tradition visita notre F.: dans sa nouvelle loge.

C’était également l’occasion d’assister à une représentation de la Flûte enchantée que notre F.: dirigeait.
L’histoire retient que les frimas angevins permettaient aux canards de marcher sur l’eau et que la chaleur des cœurs a permis aux FF visiteurs d’admirer les décorations alchimiques des plafonds du château de Plessy-Bourré.

Cette délégation était notamment formée de C.M. V∴M∴E∴C∴ à l’époque, de B.C., secrétaire et d’une petite dizaine de FF. Au cours des différents échanges, l’amitié profane a suivi la Fraternité Sacrée.
Les 2 V∴M∴E∴C∴, C.M. et G.J. ont souhaité pérenniser et formaliser les liens si chauds formés dans les froids ligériens.

Ils initièrent donc un jumelage entre nos deux ateliers et signèrent la charte qui nous unis depuis le 6 février de l’année 1993.
Depuis, tous les deux ans, une délégation voyage une fois vers l’orient, une fois vers l’occident pour rencontrer les FF de sa Loge jumelle.

Or∴ D. d’Angers :  
Vous le savez, nous avons traversé de nombreuses épreuves qui auraient pu mettre fin à notre relation. Pour autant, cette relation perdure.

Or∴ Tradition :       
Oui. Effectivement, peut-être que la biologie n’est pas étrangère au plaisir de nous revoir. Ce sont les décharges d’ocytocine, hormone du plaisir et de l’attachement, qui nous invitent à répéter ce qui nous a fait du bien, ensemble.

Il y a eu des moments où les liens se sont détendus. Et comme dans toute amitié sincère, malgré la distance géographique et temporelle, nous avons toujours su nous retrouver.
Depuis votre arrivée, je ressens l’ocytocine se déverser en moi. Cela m’apporte la joie de l’égrégore que nous recherchons en L∴.

Nous avons construit une histoire commune. Au-delà, qu’est ce qui fait que ce lien particulier perdure ? qu’a ton en commun mon F∴ ?

Or∴ D. d’Angers :  
Soyons honnêtes mon F∴. Car en dehors du plaisir de se retrouver et des liens fraternels qui unissent nos deux loges depuis 30 ans, il est difficile de répondre à ces questions. Nous parlons d’une relation de 30 ans, mais en réalité à raison de 3 heures de travail en loge tous les 2 ans, nous n’avons finalement que 45h d’histoire maçonnique commune, enrichies, il est vrai, de quelques heures profanes qui ont permis de consolider la fraternité de nos liens.

Je connais bien peu de couples qui résisteraient à l’épreuve du temps, en ayant si peu de rapport. C’est bien là la preuve, qu’entre nos deux Loges s’est tissé une relation plus riche, plus profonde et plus solide que nous ne le pensons, grâce bien sûr à l’engagement de tous les V∴M∴ et FF∴ de nos deux Loges.

Or∴ Tradition :       
Il n’y aurait donc qu’un lien fraternel entre nous ?

Or∴ D. d’Angers :  
Non bien sûr ! A l’évidence, c’est dans l’Humanisme et l’Altérité, cette envie de comprendre et d’accepter l’autre, qu’il faut chercher les sources de ce qui nous rapproche. Même si La FM n’a pas inventé l’humanisme et même si tous les humanistes ne sont pas Maçons, je ne connais pas de Maçon qui ne s’affirme pas humaniste.

Souvenons-nous qu’il est écrit dans les Constitutions de 1738, qu’un maçon est obligé par sa tenure d’observer la loi morale en tant que véritable noachite. Newton, parle d’une religion naturelle, qui renferme les principes de morale communs au genre humain. Voltaire évoque une religion primitive tandis que Rousseau, évoque la religion du Cœur. On le voit, ce qui est érigé en religion, c’est la définition d’une morale centrée sur le bien de l’Homme et de l’Humanité, une morale universelle, dénominateur commun de tous les Hommes.

Or∴ Tradition :       
Travailler sur l’Humanisme et l’Altérité, peut-il se faire en dehors du cadre rituel de la loge ?

Or∴ D. d’Angers :  
Oui bien sûr, mais pour nous F∴M∴, la Loge, vous le savez, est le creuset dans lequel nous expérimentons l’amour, la fraternité et la tolérance. Nous sommes, à chaque tenue, sous la protection du G∴A∴D∴L∴U∴ et par le biais de la sacralisation du temple, soumis à la difficile recherche de l’Altérité. L’Altérité, avec un grand A bien sûr, est essentielle. Plus difficile est celle avec un petit a, qui relie les hommes et extrêmement plus difficile est la confrontation avec notre propre altérité.

Or∴ Tradition :       
En loge, notre travail ne serait que rituel?

Or∴ D. d’Angers :  
Cela n’aurait que peu d’intérêt si tel était le cas. La FM∴ est, dès le XVIIIème siècle, qualifiée de « spéculative » – au sens de « théorique et abstraite », car elle emploie entre autres des symboles du métier de maçon pour alimenter la réflexion de ses membres sans exiger d’eux l’exercice réel de ce métier.
Ceci dit, nous ne venons pas en loge pour étudier la théologie, la philosophie ou réformer la société, mais pour nous transformer et devenir des hommes vrais en toutes circonstances. Nous ne sommes pas dans une société de pensée mais plutôt dans une école d’éveil. Nous sommes là pour rassembler ce qui est épars.

C‘est à dire d’une part, rassembler les hommes pour faire régner l’harmonie et la paix dans le monde, mais aussi et peut être avant tout, pour constituer l’unité en nous même, en éliminant les causes de notre fractionnement. La méthode Maçonnique de progression scalaire, utilise plusieurs voies de recherche de notre propre personnalité dans l’esprit des philosophies antiques en répondant à l’adage « Connais-toi toi-même et tu connaîtras le ciel et les Dieux ». L’utilisation des symboles maçonniques dès l’initiation, nous emmène dans une trajectoire personnelle de rapport à l’altérité qui reste le fondement de notre démarche.

Or∴ Tradition :       
Je vois. Comment passe-t-on à l’action alors?

Or∴ D. d’Angers :  
Chaque F∴ est placé devant la responsabilité de sa propre construction, dans le respect de la loi morale. Il lui appartient de trouver en lui-même un sens à donner à sa vie sans oublier que réussir sa vie c’est aussi permettre aux autres de réussir la leur. Là est le vrai travail !
Les voies alchimiques, johanniques, philosophiques et autres qui nous sont proposées, n’ont pas pour but de nous rendre experts dans ces domaines, mais plutôt de nous mettre en mouvement vers ce qui est autant en nous qu’en dehors de nous.
C’est cette mise en mouvement qui est fondamentale pour nous. Elle est particulièrement bien illustrée dans le rituel d’initiation.

Or∴ Tradition :       
Effectivement, je retrouve cela dans notre rituel d’Initiation.
Chez nous, l’impétrant rejoint d’abord les ténèbres dans le cabinet de réflexion. Il commence ses voyages au cœur de la terre qu’il visite, et, en rectifiant, il pourra découvrir la pierre cachée. V∴I∴T∴R∴I∴O∴L y figure en bonne place.

C’est le moment où il est confronté à la mort, à l’origine de la vie. Il se prépare, seul, dans les ténèbres pour renaître à la lumière. Ensuite, il est introduit dans le Temple.
Il voyage une première fois autour du Pavé Mosaïque. Son parcours est jonché d’embûches, d’obstacles qui symbolisent les contingences de la vie. Il est purifié par l’air.
Son deuxième voyage est plus serein, il est purifié par l’eau.
Son troisième voyage est le dernier du rituel, il est purifié par le feu.
Il reçoit ensuite ce que nous appelons les petites lumières, Sagesse, Force et Beauté, face à des FF∴ menaçants. Enfin, il reçoit la grande Lumière face à des FF∴ bienveillants et accueillants.
Il prête ensuite serment puis est instruit au 1er grade.

Or∴ D. d’Angers :  
C’est un peu différent chez nous.
Après avoir prêté serment, au moment où pour la première fois on lui enlève le bandeau, il est confronté aux FF∴ de la Loge qui pointent leurs épées tenues de la main gauche en sa direction, tandis que l’Expert tenant la sienne par la main droite, la pointe en direction du parjure, symbolisé par un cadavre étendu au sol.

C’est un message à double tranchant, si j’ose dire, qui rappelle avant tout, la fraternité et la bienveillance de tous les F∴M∴ qui sont prêts à voler au secours d’un F∴ en cas de danger, mais aussi l’implacable châtiment qui l’attend en cas de trahison à son serment.

Or∴ Tradition :       
C’est presque violent. Nous devrions donc être choqué, violenté, pour vivre le passage des ténèbres à la lumière ?

Or∴ D. d’Angers :  
Vous n’êtes pas Suisse pour rien. Je reconnais bien là votre neutralité.
Je vous rappelle qu’après avoir été éclairés par les lumières du XVIIIème siècle, les Français ont finalement coupé la tête d’un roi qui avait trahi sa promesse de veiller au bonheur de son peuple.

Or∴ Tradition :       
Faire la Révolution en Suisse vous plaisantez mon F∴ ! Nous n’avons pas besoin de cela ici.

Or∴ D. d’Angers :  
En Suisse non, mais en nous Oui, car ce que la FM∴ nous demande est une véritable révolution personnelle. Il nous est proposé de rompre avec l’ordre apparent, afin que du chaos naisse, en nous, un nouvel ordre en harmonie avec qui nous sommes réellement. Pas étonnant qu’on retrouve dans le rituel une forme de violence. Comme dans de nombreux rites initiatiques, elle s’exprime par la mise en condition psychologique de l’impétrant, par les mots et le ton utilisé, les épreuves subies et la gestuelle. Il faut symboliquement mourir à quelque chose, pour avoir accès à des secrets et pour rentrer dans le groupe d’initiés.

Or∴ Tradition :       
Je vous l’accorde, vue comme cela, la révolution peut avoir du bon. Elle commencerait donc lors de l’Initiation ?

Or∴ D. d’Angers :  
L’initiation marque une rupture avec le monde profane car nous évoluons dans un espace et un temps sacré sous l’œil du G∴A∴D∴L∴U∴.
Donner la lumière, c’est conférer à l’impétrant une nouvelle nature. C’est lui faire prendre conscience qu’il existe en lui un autre homme, enfoui, méconnu, « un homme céleste » qui n’attendait que de recevoir un peu de lumière pour se révéler. Dès lors, nous nous imposons un devoir de travail sur nous-même, dans l’espoir d’une résurrection même si ce mot n’est pas le plus adapté pour certains de nos FF∴, afin de découvrir le Divin en nous. Cette révélation est à la fois violente et pleine de promesses.

C’est aussi là que nous découvrons le sens du mot fraternité. N’oublions jamais la FM∴ vise, par le perfectionnement de chacun d’entre nous, à l’amélioration de l’Humanité toute entière.

Or∴ Tradition :       
Effectivement. Cette démarche me semble commune à toutes les religions. Pourquoi choisir la FM∴?

Or∴ D. d’Angers :  
En un mot : pour la liberté.
On a très longtemps opposé spiritualité à liberté, car il était difficile de concevoir une spiritualité qui ne fut religieuse, ni une religion qui ne fut révélée. Dès l’origine, les religions ont eu pour objectif le contrôle spirituel, moral, social et matériel de nos vies, par l’utilisation d’un message transcendantal qui laissait peu de place à l’interprétation et donc à la liberté. Toute religion est certes spirituelle mais toute spiritualité n’est pas obligatoirement religieuse. Dieu personne ne l’a jamais vu !

Ce n’est pas de moi mais de Spinoza. Il rajoute même être incapable d’en avoir une conception intellectuelle car cette notion est à la limite de l’entendement humain. En conséquence, le seul moyen d’appréhender l’indicible est la pratique de la justice et de la charité c’est-à-dire de l’amour.

Or∴ Tradition :       
Je n’ai moi non plus jamais vu Dieu. Je suis également que même nos FF∴ les plus croyants ne l’ont jamais vu non plus. Oui, personne n’a jamais vu Dieu.
Pour autant, beaucoup de FF croient en Dieu et appartiennent à des églises différentes, qui souvent s’opposent. Comment cette notion de Dieu, très présente lors de nos travaux, permet-elle l’œcuménisme que nous pratiquons ?

Or∴ D. d’Angers :  
Isaac Newton, partisan d’un Théisme qui admet l’existence d’un Être qui a pensé l’harmonie du monde, ne le conçoit pas de façon anthropomorphique mais le définit comme un principe. Ainsi les Constitutions d’Anderson corédigées avec Jean Théophile Désagulier, disciple de Newton, se rapprochent de la définition d’une religion naturelle en intimant aux maçons, je cite, « d’être de la religion dont tous les hommes conviennent et qui consiste à être des hommes bons, équitables, dignes et honnêtes, quelles que soient les dénominations ou croyances par lesquelles ils peuvent se distinguer ».

Dès lors, on comprend que toutes les convictions religieuses et spirituelles ont leur place en maçonnerie mais qu’en aucun cas elles ne doivent s’opposer. Ainsi, la Franc-Maçonnerie s’érige en trait d’union entre Déistes et théistes s’ils obéissent aux principes universels d’une religion naturelle. Pour ce faire, afin d’empêcher tout conflit entre Francs-Maçons et cimenter leur union sans contraindre leur conscience, c’est-à-dire en toute liberté, les autorités maçonniques réunies en convent, ici à Lausanne en 1875, ont attribué au Principe Créateur, le nom de Grand Architecte De l’Univers. Nous ne sommes pas en Suisse pour rien !

Or∴ Tradition :       
C’est grâce à ces valeurs communes, que nous souhaitons universelles, que nous vivons dans l’objectif de répandre la Justice et l’Amour sur la surface du globe.
Nous confrontons notre propre perfectionnement moral, à celui de chacun de nos FF. Ensuite, par l’exemple et l’action dans le monde profane, nous travaillons à l’amélioration de la société entière.
Pour autant, c’est la quête de la vérité qui est notre moteur. Comment voyez-vous cela mon F∴ ?

Or∴ D. d’Angers :  
Parler de la Vérité et de sa quête est un véritable défi. Parle-t-on de la Vérité absolue qui définirait le sens de la vie ? Parle-t-on de celle qui répondrait aux trois questions fondamentales que nous nous posons tous : d’où je viens, qui suis-je, ou vais-je ?. Ou parle-t-on de la découverte du Divin en soi ? Je renvoie chacun à sa propre définition. Ce qui est primordiale pour tous les Francs-Maçons, ce n’est pas tant d’atteindre cette Vérité. Nous savons bien que c’est impossible. Ce sont plutôt les efforts mis en œuvre pour y arriver, car comme le dit la maxime : “il n’y a de vérité que dans la recherche de la vérité”.

La Vérité ne jaillit pas de l’accumulation de connaissances. Elle est invisible, elle ne se prouve pas, elle s’éprouve. La quête de Vérité n’a de sens à mon avis, que si nous l’abordons sous l’angle de la relation à l’autre, du désir de rencontre, en un mot de l’Amour. Car, par effet de miroir, la relation à l’autre nous renvoi à ce que nous sommes vraiment, à notre Vérité. Il n’y a selon moi, pas d’autre Vérité que notre Vérité. Dans la Bible Dieu dit à Moïse : « Je suis celui qui est ! ». Autrement dit, nous ne trouverons notre vérité que si nous parvenons à être un homme vrai en toute circonstance.

Pour y arriver, une méthode nous est proposée dans le rituel : il nous faut ramener la dualité à l’unité par le moyen du nombre trois. Pour le dire simplement, si nous sommes capables d’accepter et de dépasser toutes les oppositions par l’Amour, alors la paix intérieure et le bonheur s’offriront à nous. C’est donc l’Eros, la Philia et l’Agapè de l’antiquité que nous avons à travailler dans la voie initiatique traditionnelle, car clé de la Sagesse, l’Amour est le chemin de la Vérité.

Or∴ Tradition :       
Cette voie initiatique, traditionnelle comme vous le dites, résonne avec la dénomination de notre Atelier.
Si pour vous, la tradition est un ensemble de vérités d’origine sacrée, chez nous, les conclusions de notre travail en Loge nous ont amené à penser la tradition comme l’action de transmission d’un savoir, d’une méthode.  La tradition est une action de transmission. Loin d’être anodine, cette transmission est prépondérante dans le cadre de nos travaux. Elle est la base de notre travail.

Tout d’abord, nous recevons. Nous recevons la lumière le jour de notre Initiation. Nous recevons un ensemble d’outils en nous asseyant sur la colonne du Septentrion. Nous recevons également un ensemble de textes statuts et règlements qui nous guideront et nous expliqueront la méthode de travail ainsi que les règles de fonctionnement de l’organisation dans laquelle nous venons d’être reçus.
Apprentis toujours, nous n’avons pas l’autorisation de transmettre, notre devoir est de recevoir, en silence.

Puis il nous est demandé de réfléchir et de tracer une planche. Celle qui justifiera notre augmentation de salaire. C’est notre premier acte de transmission.
C’est là le début de notre action de transmission, de notre participation à la tradition.

Or∴ D. d’Angers :  
Je ne vois pas vraiment le lien entre tradition et spiritualité.

Or∴ Tradition :       
C’est par la tradition que nous avançons dans notre quête spirituelle.
C’est une notion fondamentale de l’humanité. En général, à un moment de sa vie, l’homme ressent le besoin de transmettre. Il le fait pour ses enfants, souvent également dans un cadre professionnel.
La quête de spiritualité me semble aussi être un trait humain. Il y a bien sûr des humains qui se fourvoient et transfèrent la recherche sur des aspects matériels.

Nous voyons bien des passionnés adorer une marque et rechercher à la fois le sens et l’origine de l’objet qu’ils adorent comme nous nous attachons à chercher la Vérité. Les porschistes peuvent en être un exemple. Pour eux, en dehors du 6 cylindres à plat, il n’y a point de salut.
La recherche de spiritualité permet la création d’un système de valeur qui nous est propre. Ce système de valeur permet à chaque Humain de construire son identité, de se construire. Intrinsèquement, bien entendu, mais aussi de se construire comme une partie d’un tout, comme un membre d’une société qui partage les mêmes valeurs. Nous avons choisi celui de la Franc Maçonnerie.

Or∴ D. d’Angers :  
C’est vrai, nous avons choisi. Bien nous en a pris, car je ressens le plaisir que nous avons à travailler ensemble, depuis 30 ans. Depuis 30 ans ou 45 h?

Or∴ Tradition :       
Cela n’a pas d’importance. Notre temps maçonnique n’est pas physique, il est métaphysique.
Il est pour autant nécessaire et pratique. Nous avons besoin de fragmenter, de séquencer, pour avoir des repères et se mouvoir dans le temps comme dans l’espace. Pour marquer les étapes d’une vie maçonnique, nous utilisons la symbolique du temps. Aujourd’hui nous avons 3 ans, quelle que soit la date de notre naissance biologique ou la date de notre initiation. Cela reste symbolique.

Nous répétons le Rituel. La répétition de l’expérience, la récurrence de nos rencontres, est un rythme qui nous accompagne comme les saisons accompagnent le rythme de la nature. D’ailleurs, elles aussi ne sont pas définies par une durée. Elles le sont par des événements, les solstices et les équinoxes. Ces événements cosmiques ne sont pas les résultats de la mesure du Temps. Ils en sont l’origine. C’est par la division de ces périodes longues par d’autres plus rapprochées comme les cycles de lune, puis l’alternance du jour et de la nuit que les sages antiques ont défini les mesures et les valeurs de la durée.
Le temps ne compte pas. Il y a bien d’autres choses qui nous rapprochent.

Or∴ D. d’Angers :  
Effectivement, c’est peut-être la recherche d’altérité.
Pythagore n’a-t-il pas dit : « Le bonheur sur terre n’est pas au-delà des océans : il est ici et maintenant. Il est cet élan vers l’autre, le frère, l’étranger, le vivant, dans l’ouverture d’esprit d’un cœur affermi et connaissant. Que notre action serve avec espérance et foi l’avènement du Saint Empire de l’Amour ».
Mon TCF, Pythagore vient de nous donner en trois mots, « bonheur, autre et amour », la raison de notre réunion d’aujourd’hui. Certes, nous aurions pu nous contenter de vous envoyer une carte pour l’anniversaire des 50 ans de votre Loge, mais la réalité, c’est que la Franc Maçonnerie nous apprend, malgré toutes nos différences, à accepter et à aimer l’altérité. Bien plus, elle nous incite à nous en enrichir pour nous bonifier. Existe-t-il un plus bel endroit que la Suisse pour s’enrichir ? Vous comprendrez donc pourquoi nous sommes aussi nombreux.

Or∴ Tradition :       
Nous savourons votre visite bien plus que nous aurions pu le faire avec l’expression de votre Fraternité sur une carte. C’est certain. Nous pouvons ainsi “pratiquer” la Fraternité.

Or∴ D. d’Angers :  
La pratique de la Fraternité est une source d’enrichissement personnel sans limites et nous apprend la bienveillance, l’écoute et la solidarité. Nous l’avons vu lors de nos échanges pour préparer ce travail. Nous avons ressenti de la joie à voir nos points communs, mais aussi, et surtout, à voir nos différences et à échanger.

Cela nous a permis de nous décentrer et c’est toujours une joie. Lorsque nous voyageons à l’étranger, par exemple dans la vie profane, le véritable intérêt est de permettre ce décentrement. Expérimenter et ressentir que nous ne sommes pas la mesure de toute chose, que d’autres mondes existent, que d’autres hommes ont leurs modes de perception tout en restant avant tout des hommes. C’est comprendre que l’unité est dans la différence. Voilà pourquoi les voyages sont des thèmes chers à nos rituels. Apprendre à se décentrer.

Autre exemple, j’ai remarqué que des soirées avec les mêmes amis pouvaient devenir ennuyantes alors que si vous variez les convives, si vous amenez de l’altérité, avec de l’ouverture, cela peut tout changer. Bon, je ne vous demande pas par ce biais de changer d’épouse tous les quatre matins pour en faire l’expérience. Et pourtant, voici à mes yeux le point essentiel concernant l’altérité : L’altérité ne se suffit pas à elle-même. L’altérité sans l’amour, c’est tomber dans le désir-manque, dans nos passions-tristes. L’amour est supérieur à tout s’il est fait d’altérité et de quelque chose d’autre…

Or∴ Tradition :       
Quelle est cette autre chose, si précieuse ?

Or∴ D. d’Angers :  
Je ne me permettrais pas de vous définir ce qu’est cette autre chose parce qu’elle est indicible C’est comme si je vous disais que la vérité c’est ça. Michel de Montaigne définit son amour pour La Boétie de la manière suivante, et amplement suffisante : « parce que c’était lui et parce que c’était moi ». L’amour est la fusion de deux altérités.

Or∴ Tradition :       
Parce que c’était lui, parce que c’était moi.
Nous sommes si proches… Cette phrase a été citée plusieurs fois depuis que nous travaillons avec le Collège actuel, ici-même ; et vous la citez sans le savoir.
Ces mots me rappellent que la sensibilité est, peut-être, une des caractéristiques que nous partageons. Nous, F∴ M∴ sommes sensibles.

Sensibles à nous-même. Nous nous écoutons. Nous nous observons. Nous ressentons. Dans notre quête spéculative, dans le miroir de notre conscience, nous essayons de comprendre qui nous sommes, d’où nous venons et où nous allons.
Nous sommes également sensibles aux autres. Comme vous l’avez dit, nous avons besoin de l’altérité.
Nous sommes également sensibles à la société qui nous entoure. Nous l’observons parce que nous en sommes une partie. Nous cherchons à l’améliorer pour qu’elle fonctionne pour le mieux de chacun et de tous.

Nous développons, par l’exercice de l’observation, avec tous nos sens, dont notre affect, un radar émotionnel de plus en plus précis. Ce radar émotionnel est une composante importante de notre discernement. Discernement nécessaire à tous et notamment aux FF∴ qui sont les récipiendaires d’une Tradition puissante. La puissance de cette Tradition nous confère une responsabilité forte. Pour l’assumer, nous travaillons hors les passions, démunis de nos métaux, dans le Sacré, avec prudence et tempérance.

Or∴ D. d’Angers :  
Parce que nous sommes des êtres en devenir, c’est par l’Amour que nous devenons pour être. Devenir pour être ! Nous sommes dans un mouvement perpétuel en quête du spirituel.

Or∴ Tradition :       
Oui! C’est là, en quelque sorte, que nous touchons à la construction de notre temple intérieur. J’entends par là, éveiller et activer la part de sacré et de spirituel qui est en chacun de nous.
C’est d’ailleurs, dans mon ressenti personnel, la meilleure définition de Dieu. Nous la travaillons dans l’altérité, dans la collectivité, pour faire vivre et exister celui que nous appelons le G∴A∴D∴L∴U∴
Nous sommes des êtres spirituels, oui, mais aussi physiques, de chair et d’os, profanes pas seulement sacrés.

Or∴ D. d’Angers :  
Nous nous enrichissons par l’Altérité et l’Amour. Or l’Amour est une des choses qui grandit lorsqu’on le partage. Serait-ce par-là que nous portons en dehors du temple le fruit du travail réalisé sur les colonnes ?

Or∴ Tradition :       
Tout ce que nous pouvons faire dans le Temple pourrait paraître absurde, sans sens, s’il n’y avait de transposition dans la société profane. Comme nous sommes une partie du tout, en améliorant la partie nous améliorons le tout.

Toutefois, la société dans laquelle nous vivons est de plus en plus individualiste et matérielle. Il y a de moins en moins de perméabilité entre les individus C’est-à-dire moins d’Amour qui nous unit et plus de métaux qui nous séparent.
Malgré cela Il y a l’espoir que l’amélioration des FF∴ ne reste pas vaine et se traduise dans la société…C’est là toute notre ambition et notre travail.

Quel plus bel exemple que ce que nous vivons ce midi. Nous, FF∴ du Léman et d’Anjou, sommes réunis aujourd’hui sous le signe de l’altérité et avons, dans l’échange, la bienveillance et la Fraternité, travaillé à notre perfectionnement pour le bien de chacun et de tous.
Continuons ainsi. Pensons et agissons pour que notre fraternelle altérité puisse enrichir l’Humain au-delà du Sacré de notre Ordre.

Or∴ Tradition :       
T∴R∴G∴M∴, V∴M∴, Dignitaires qui décoraient l’O∴, et vous tous mes biens chers FF∴, nous avons dit.

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Qui sommes nous?

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A∴L∴G∴D∴G∴A∴D∴L∴U∴

La Loge Tradition, fondée le 24 septembre 1972 à l'Orient de Lausanne et portant le No 51, est membre de la Grande Loge Suisse Alpina et travaille au Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA).

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