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Transhumanisme et humanisme – Planche du 7 avril 2022


V:.M et vous tous mes F:. en vos G:. et Q:.,

Je vous présente ce soir un travail que j’avais préparé il y a un moment maintenant, puisque c’est notre ancien F secrétaire qui me l’avait proposé. Le COVID et le temps passant, me voilà ce soir devant vous enfin.

Et ce sujet est d’importance capitale, à mon sens, dans notre société, puisqu’il est LA transformation actuelle de notre société au même titre que les dernière révolutions industrielles.

Mais qu’est ce exactement le transhumanisme ? et quelles sont les voies de reflexion que le FM se doit de traverser ?

Ce morceau d’architecture n’a pas vocation a être exhaustif et encore moins apporter des réponses mais seulement à orienter notre reflexion sur l’époque que nous vivons actuellement et ouvrir la discussion.

Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel très vaste, que certains vont jusqu’a qualifié de philosophie, voire de religion. Il se base sur le progrès des sciences, de la médecine, des nanotechnologies, de l’informatique et de l’intelligence artificielle dans le but d’améliorer l’homme, le rendre plus performant. IL existe une multitude de courant différent selon les pays, les régions, les périodes mais elles partagent toutes un objectif commun qui serait l’immortalité, la mort de la mort, quête de l’humanité depuis au moins l’antiquité.

Le terme apparaît en français en 1937 et désigne plutôt l’amélioration des performances humaine initialement. Certain historien pense que le transhumanisme puise ses racines dans l’humanisme de la renaissance et le siècle des lumières mais je crois que c’est pour ma part une erreur de comparer la taille de sa pierre brute et l’amélioration de ses capacités intellectuelles et que la métaphore a été mal interprétée. Nous y reviendrons.

Elle se différencie assez rapidement de la médecine classique qui vise la réparation , la guérison d’une maladie, d’une anomalie, d’un état pathologique. Cependant, certain considère le vieillissement comme une pathologie que l’humanité se doit de guérir ou traiter comme tout autre maladie. Que dans un avenir proche, les transhumanistes contemporains seront considéré comme Pasteur aujourd’hui ou d’autre scientifique ayant permis des avancées majeures de notre civilisation. Le transhumanisme vise tout de même une augmentation de l’homme. IL ne s’agit donc plus d’un homme réparé mais de l’homme augmenté. La chirurgie esthétique (à différentier de la chirurgie réparatrice) se rapproche d’ailleurs de cette philosophie dans ce sens, car elle a pour objectif l’amélioration et la lutte contre le vieillissement et le recul, au moins d’apparence, de la mort.

De nombreux penseurs, qui suivent les progrès de la science du 20e siecle, développe progressivement ces théories. Huxley puis Minsky sont les pionniers qui fondent les bases du mouvement contemporain qui émergera plus clairement dans les années 80 et plus particulièrement aux USA.

A partir des années 90, la définition varie et évolue selon les courants, ce qui rend difficile de la circonscrire en une seule et même philosophie. En 1990, Max More la définit ainsi :

Le transhumanisme est une classe de philosophies ayant pour but de nous guider vers une condition posthumaine. Le transhumanisme partage de nombreuses valeurs avec l’humanisme parmi lesquelles un respect de la raison et de la science, un attachement au progrès et une grande considération pour l’existence humaine (ou transhumaine) dans cette vie. […] Le transhumanisme diffère de l’humanisme en ce qu’il reconnaît et anticipe les changements radicaux de la nature et des possibilités de nos vies provoqués par diverses sciences et techniques.

A ce stade, les valeurs du transhumanisme semble bienveillante et très probablement sincère voire visionnaire sur l’avenir de l’humanité, qui même déjà selon Darwin évoluera inéluctablement.

Mais rapidement, les intérêts capitalistes se mêlent au développement de ces idées avec notamment l‘accélération du développement des NBIC ( les nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives ) par des investissements massifs des GAFA et autres, qui ont dorénavant des moyens bien plus colossaux que les nations elles memes.

L’objectif visé est bien un post-humanisme ou le transhumanisme ne serait qu’une transition.

Ce post humanisme est aussi mal défini ou plutot aussi diversement défini que le transhumanisme, puisqu il y a autant de vision que de penseur ou d’association qui se dise les représenter..

Pour caricaturer, l’utopie la plus extrême serait le transfert d’une pensée humaine dans un corps totalement dématérialisé, c’est à dire le « téléchargement de notre cerveau » dans un ordinateur, un disque dur. La mort serait ainsi vaincu définitivement et l’humanité dépassée. Ce n’est pas seulement de la science-fiction, plusieurs projets américains et européen sont en cours depuis le début des années 2000.

Bien entendu, on trouve toutes les variantes et nuances, ou le cyborg et robot prend une place prépondérante. Le transhumanisme vise à dépasser nos limites biologique, grâce aux nouvelles technologies, afin de nous affirmer.

Il faut tout de même garder à l’esprit que Google (société alphabet) ou encore Neuralink (Elon Musk) ne sont pas des entreprises philanthropes et que le contexte social, politique, démocratique des crises multiples que nous vivons en parallèle, complexifie la réflexion et l’éthique qui doit encadrer ou réguler ce développement technologique.

Cependant, à titre d’exemple, il existe des robots contrôlés par la pensée. En 2015, des tétraplégiques ont réussi à faire bouger une machine située à une centaine de kilomètres par la pensée. Plus récemment, une équipe du Canergie Mellon University a mis au point un dispositif permettant de contrôler un bras robotisé, et cela, sans implant cérébral.

Le développement de la vie de façon « artificielle » est une autre question longtemps restée en suspens. En 2017, des agneaux ont passé plusieurs semaines dans des utérus extracorporels et se sont développés comme si ils étaient à l’intérieur du ventre de leur mère. Ils se sont développés normalement par la suite.

Nous pouvons également citer les cas déjà effectifs de l’Interface neuronale directe qui permettent entre autres, à des handicapés d’exécuter des mouvements qu’ils seraient incapables de réaliser sans cette interface, aider des personnes ayant des troubles pyschologiques ou sur un ton plus léger, jouer au Tetris par la pensée. On utilise également depuis bien longtemps en thérapeutique, c’est à dire en routine, des implants cérébraux pour diminuer les symptômes de la maladie de Parkinson avec grand succès et certaines équipes travailles sur ce principe pour l’épilepsie et certaines maladies psychiatrique.

Des chercheurs de l’Université de Columbia ont mis au point une flotte de nanorobots moléculaires capables d’administrer des médicaments à des « cellules spécifiques et d’identifier les marqueurs génétiques à l’aide de marqueurs fluorescents ». 

Le transhumanisme est une idée qui a déjà séduit et convaincu beaucoup de personnes. Et il y a de quoi. Qui ne rêverait pas de vivre plus de 100 ans dans votre corps jeune et en parfaite santé ?

Certains humanistes voient donc dans le transhumanisme la progéniture du mouvement de libre-pensée. Ils soutiennent que les transhumanistes se distinguent des humanistes traditionnels en ce qu’ils se concentrent tout particulièrement sur les apports de la technique aux problèmes humains et au problème de la mort.

Cependant, certains affirment que le posthumanisme se détourne des préoccupations de justice sociale, de réforme des institutions humaines et d’autres centres d’intérêt des Lumières et incarne en fait un désir narcissique de transcendance du corps humain, en quête d’une manière d’être plus intense, plus vive, plus exquise. De ce point de vue, le transhumanisme abandonne les visées de l’humanisme, de la philosophie des Lumières et des politiques progressistes.

L’humanisme est également très vaste, mais celui auquel on se réfère habituellement est justement L’« humanisme des Lumières », du xviie siècle et xviiie siècle, qui se défait de toute conception de volonté divine, l’individu s’appuyant sur sa raison pour se déterminer lui-même.

Au début du xxie siècle, un certain nombre de penseurs s’accordent à considérer que l’idée d’humanisme renvoie à tout un ensemble de valeurs, qu’elles soient religieuses ou laïques, communes à l’ensemble de la civilisation occidentale depuis le viiie siècle av. J.-C. et toutes relatives à la place conférée aux facultés rationnelles des humains. On les appelle communément les valeurs humaines.

Celle-ci conduit assez rapidement à la réflexion sur la mort qui est également un thème prédominant, qu’il soit implicite ou explicite, en FM quelque soit le grade. Ces valeurs en général ont largement inspiré et fondés la FM.

Toute notre condition humaine se réduit à cette finitude, cette fragilité, cette angoisse et nous agissons ou non, que dans ce contexte.

Quel serait notre désir, notre motivation si le temps était infini ? Aurions nous envie de se lever pour travailler ? Aurions-nous le même désir de vivre ? de profiter du moment présent si ce présent s’éterniser. Il est fort à parier que non.

Si l’essence de l’homme et toute sa dignité, ne peut être qu’en étroite relation avec la mort, on peut aisément supposé que si on tendait vers l’immortalité, nous serions inévitablement des êtres post humains et non plus des humains. Ou au mieux assez anéanti par un profond désespoir et par l’ennui.

Depuis que l’homme est apparu, à la préhistoire, la mort est au centre de ses préoccupations. On se distingue ainsi du monde animal, entre autre par le culte que nous rendons à nos morts. L’homme se soucie de plus en plus de son devenir post mortem et probablement encore plus depuis l’avénement des idées des lumières puisque auparavant, la spiritualité et toutes ces questions sont « réglés par la religion ». Elle reste tout de même crainte. Progressivement, et surtout depuis la fin de la 2eme guerre mondiale, l’homme moderne la bannit de son quotidien, manière d’écarter cette angoisse, en meme temps que les technologies et la médecine progressent et que les croyances et pratiques spirituelles diminuent.

La FM apprivoise la mort, nous y prépare. Dès l’initiation, le neophyte y est confronté dans le cabinet de reflexion et ses symboles, le crâne et le sablier qui invitent à penser le caractère provisoire de la vie, faire son testament… La mort est encore présente dans les grades suivants et le point de départ de la quête de la parole perdue.

En nous faisant rencontrer régulièrement la mort, il s’agit, pour les maçons comme pour les grands sages anciens, de nous apprendre à assumer notre mortelle condition, pour une vie moins aveugle et probablement plus vraie et plus juste.

Philosophie, c’est apprendre à mourir disait Montaigne.

Cette préparation n’est en aucun cas un désir de mort mais bien au contraire, apprendre à mieux vivre… avec cette idée. Avoir conscience que la vie peut se terminer, et l’accepter, permet un développement spirituel très puissant. Il permet de se réjouir des choses simples, prendre conscience de notre appartenance au cosmos, à un tout. Le soleil, la nature, sa beauté et son mécanismes si complexe et si parfait, le bonheur simple de l’émerveillement de tout ce qui nous entoure.

Ne plus mourir, ce n’est plus être confronté à cette urgence de vivre, de profiter de chaque instant. C’est l’ennui, la morosité, le manque de curiosité, le renfermement. C ‘est même l’angoisse de la perdre par accident ! C’est ne plus prendre aucun risque, ne plus se confronter aux autres, la peur permanente.

Les Hommes qui passent près de la mort changent d’ailleurs souvent radicalement leur façon de vivre, après avoir survécu miraculeusement à 1 accident ou à 1 maladie. C’est pour moi ce que notre rite veut provoquer en nous, spirituellement.

Ne pas la désirer mais ne pas la craindre non plus. L’accepter tout simplement. Et si notre corps doit disparaître, vivons de telle manière que notre âme persiste.

Notre franc-maçonnerie partage aussi avec Socrate, Sénèque ou Montaigne cette conviction que cette sagesse n’a de sens que si, en opposition, elle sait se prolonger, s’enrichir et s’accompagner d’une éthique de la transmission fraternelle de cette sagesse même, au sein d’un savoir-vivre rien moins qu’individuel. Devenir sage, ce n’est pas seulement s’apprendre soi-même à mourir, c’est aussi apprendre à l’apprendre aux autres, nos frères.

Il y a un autre problème majeur selon moi à ces technologies cognitives, peut être secondaire et réversible, mais inquiétante tout de meme.

Ces technologies semblent souvent nous apporter un confort, une aide voire augmenter nos capacités , et c’est tout à fait juste, mais au final, elle ne fait que nous affaiblir puisque nous perdons ces capacités de réflexion, de savoir-faire, etc. Et il y a une fuite en avant que nous remarquons tous quotidiennement.

Qui de nos jours connaît encore un numéro de téléphone par cœur, qui sait encore tracer sa route sur une carte papier ? Qui fait encore une recherche académique ou personnelle dans une bibliothèque réelle ?; Il n’est pas là remis en question l’intérêt, le confort ou l’aide que nous apporte le téléphone portable, internet ou le gps. Mais il est évident que de la même façon, toutes les technologies qui permettront d’améliorer artificiellement notre mémoire, nos capacités intellectuelles, nos connaissances, ne feront que diminuer nos propres capacité individuelle. Le QI moyen est déjà en baisse depuis 1 génération.  Je pense que chacun aura noté l’appauvrissement de la culture, de la profondeur des réflexions,  en à peine qq années. Il ne s’agit pas non plus de critiquer la jeune génération, le constat nous saute simplement aux yeux. Ceux qui décorent cette assemblée, ont cependant connu une éducation « classique », la nouvelle génération est née avec ces outils. Les psychiatres s’accordent déjà sur les effets désastreux de nos enfants exposés à tout cela.

On pourrait faire le parallèle d’ailleurs à un autre thème bien différent entre le plaisir et le bonheur et pourtant si proche. Ces sommes de petits plaisirs matérialistes, l’argent, le pouvoir, le succès ou la célébrité qui n’apportent pourtant pas de joie profonde, c’est à dire le bonheur. Ce bonheur, il s’acquiert sur le temps long à l’inverse de tout ce que propose ces technologies.

Toutes ces notions mériterait encore une fois des heures de reflexion, de discussions ; Il n’est d’ailleurs pas vraiment question de savoir si le transhumanisme va progresser, si il faut le limiter, le contrôler. Il est innaretable et est déjà omniprésent. On peut bien essayer de lutter individuellement, mais qui arrive encore à passer une journée sans son smartphone? Il est quasiment greffé dans notre main, outil pourtant qui nous différencie de la quasi-totalité du règne animal. La puissance du mouvement est encore une fois quasi irrésistible.

Et comme il est inutile de vouloir supprimer les plaisirs matérialistes, il faudrait être hors du temps pour vivre en niant l’existence et l’intérêt de ces technologies. Il y a par contre un rôle important dans l’éducation et la création ou le soutine d’organisme d’éthique autour de ces questions.

Un courant de pensée qu’on pourrait qualifier d’« existentialiste », qui me semble proche de la pensée maçonnique, émet une remarque marginale, mais fondamentale, sur le transhumanisme. Il ne porte ni sur la faisabilité technique du transhumanisme ni sur son éthique (ce qui ne veut pas dire qu’il le cautionne), mais insiste sur la valeur existentielle unique et insurpassable de l’être humain. Selon ce courant, l’être humain, à cause de ses fragilités, à cause de sa position inconfortable entre chair et esprit a atteint à une « existentialité » insurpassable.

L’être humain est un éternel inquiet, au sens pascalien du terme, c’est-à-dire toujours à la recherche de lui-même. C’est ce qui fait de lui cet existant maximal. Toute amélioration de l’humain si souhaitable soit elle, aboutirait pourtant, en modifiant ce délicat équilibre entre chair et esprit, à une diminution de l’existentialité de l’être humain. Le transhumain, qui sera un humain amélioré ne sera pas plus existant que l’humain, bien au contraire. « On peut croire au transhumain, mais non pas au trans-existant»

Et je terminerai par une réflexion de l’écrivain François Brune, sur l’ouvrage d’anticipation d’Orwell, 1984:

« En dépit de toutes les perversions qu’a pu couvrir le discours humaniste, c’est à un humanisme concret qu’Orwell nous demande de nous tenir, (…). S’il y a un espoir, il n’est pas dans telle catégorie sociale ou idéalisée, dans tel groupe humain sacralisé, encore moins dans tel individu charismatique. S’il y a un espoir, il ne peut être qu’en l’homme et en tout homme, à commencer par soi-même, et par ceux que l’on côtoie ici et maintenant. Parce que la menace antihumaniste est présente au cœur de l’être humain, c’est au cœur de chaque homme que se joue la lutte pour l’humanité. Personne n’a le droit de se reposer sur l’idée qu’il y aura toujours des êtres d’exception, des héros, des « hommes dignes de ce nom » chargés à sa place de perpétuer la dignité de l’espèce.

J ai dit, J:. S:.

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La Loge Tradition, fondée le 24 septembre 1972 à l'Orient de Lausanne et portant le No 51, est membre de la Grande Loge Suisse Alpina et travaille au Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA).

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