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A quoi sert réellement la Franc Maçonnerie ?

Planche lue par notre F∴ G∴ F∴ – Ouverture des Loges lausannoises ouverture des Loges, octobre 2012,

La Franc-Maçonnerie n’est pas destinée à nous apporter une connaissance particulière comme une école ou une religion pourrait le faire. Elle nous invite simplement à prendre notre véritable place à l’aide d’Outils, de Symboles et de Rituels qu’elle met à la disposition de chacun.

D’où la formule consacrée : « Prenez place mes Frères. »

Personne ne peut donc prétendre détenir une quelconque « connaissance Maçonnique » puisque si l’on peut, au mieux, posséder une boîte à outils et les modes d’emploi correspondants, cette disponibilité ne garantit en rien la réalisation d’un “ chef d’œuvre ” dans le sens compagnonnique du terme.

Ce n’est donc pas la Franc-Maçonnerie qui doit être étudiée, mais notre organisation mentale personnelle qui doit d’abord être conscientisée. C’est la découverte de nos conditionnements qui va, dans le meilleur des cas, nous amener à sortir de cette inconscience dans laquelle nous baignons depuis le début de notre existence.

Le but, faire face à ce qui “ est ” plutôt que de continuer à nous appuyer sur un ensemble de croyances que nous n’avons, pour la plupart, jamais choisies et dont on ne connaît généralement ni l’origine ni le bien fondé.

Demandez par exemple à un chrétien à quel moment il a choisi de devenir orthodoxe, catholique ou protestant et vous verrez que le mot choix devient incongru. On est chrétien, juif ou musulman parce que nos parents l’étaient, nos grands-parents l’étaient et ainsi de suite. On hérite de sa religion comme l’on hérite d’un accent régional ou d’une couleur de cheveux. Le conditionnement est omniprésent. Dès la naissance, le nouveau-né est marqué au fer rouge comme un veau d’élevage et ce “ marquage ” non consenti sera la plupart du temps mentalement ineffaçable.
En paraphrasant Jiddu Krishnamurti, le Maçon va devoir se libérer du connu afin d’accéder à l’inconnu.

Mais quel est donc ce dernier dont personne ne peut parler puisque sa nature l’empêche d’être connu et donc d’être décrit ?

Si l’on ne peut le décrire, l’on peut par contre expliquer ce qu’il n’est pas.
La chose est d’autant plus aisée puisqu’il n’est rien de ce que nous connaissons.
Mais s’il n’est rien de ce que nous connaissons, à quoi cela nous sert-il alors de nous y intéresser puisqu’il restera à jamais inconnu ?

Mais n’allons pas trop vite, inconnu aujourd’hui ne veut pas dire inconnaissable demain.

Pour tenter d’approcher la définition de cet inconnu, nous pourrions dire qu’il est l’ensemble des informations qui sont en dehors de celles que nous avons acquises de façon généralement automatique, sans prendre le temps de les mettre à l’épreuve des faits.

Par facilité, par conformisme et souvent par inconscience, nous avons laissé notre égocentrisme faire des choix à notre place et nous présenter une réalité qui n’a strictement rien de réelle.

Abandonnons donc tout ce que nous croyons connaître et nous serons alors non pas face à cet inconnu mais pleinement ce qu’il est c’est à dire, ce que nous sommes depuis toujours même si la plupart d’entre nous n’en avons aucune conscience.

Mais alors, comment se libérer de ce connu qui nous empêche de prendre conscience de ce que nous sommes réellement puisque c’est malgré tout grâce à lui que nous pouvons envisager qu’il existe autre chose que ce auquel nous croyons ?

C’est là où le travail favorisé par la Maçonnerie et ses Outils, Symboles et Rituels prend toute son intelligence.

Nous ne savons jamais à l’avance où nous allons aller mais nous pouvons être certains que chacun de nos efforts va nous permettre de nous libérer de la gangue de nos conditionnements. Nous pourrions presque prendre le risque de dire, “ en échange ” de nos abandons successifs puisque c’est petit à petit que chacun des pouces de liberté que nous allons acquérir vont nous faire accéder à cet inconnu que nous n’avons en fait jamais cessé d’être.

Que nous n’avons jamais cessé d’être mais dont la conscientisation n’est réservée qu’à ceux qui font l’effort, et s’en est un croyez-moi, de sortir de leurs habitudes de penser.

Pourquoi dire que nous ne savons pas à l’avance où nos abandons successifs vont nous conduire ?

Simplement parce que si nous connaissons ce que nous devons abandonner par contre, nous ne pouvons imaginer ce que cet abandon va nous permettre de découvrir. Les exemples de l’oignon que l’on pèle ou de l’artichaut que l’on effeuille sont particulièrement bien adaptés.

Que va nous révéler ce cœur qui se cache sous les multiples enveloppes de nos égocentrismes accumulés ?

Pour tenter une description, nous pourrions dire que la Franc-Maçonnerie est, illusoirement bien sûr, composée de deux parties. La première, destinée à tout un chacun, qui se contenterait d’expliquer théoriquement ce que sont les Outils, Symboles et autres Rituels. La seconde n’expliquerait rien du tout puisqu’étant totalement vide de sens connus.

Tentons d’illustrer cela.

Imaginons un homme qui marche au bord d’une falaise et qui s’arrête pour faire face au vide. Cette falaise pourrait être notre fameuse Équerre et le vide, le tout aussi fameux Compas. A un moment donné, le Maçon va devoir quitter cette falaise pour se jeter dans le vide. Vide qui n’est qu’une illustration symbolique de l’abandon de la totalité de nos conditionnements ceux qui ont, justement, façonnés la vision que nous avons de notre existence. Cela pourrait également correspondre à la description basique de la démarche maçonnique, celle où l’on conseille au Maçon de descendre à l’intérieur de lui-même, mentalement parlant, afin de prendre conscience de toutes les idées, préjugés et autres croyances qu’il considère comme vrais mais qu’il n’a, en fait, jamais ni vérifiés ni consciemment adoptés.

Dans la réalité, on s’aperçoit qu’il est très difficile de quitter ce à quoi nous croyons afin de vivre libre de tout ce que notre environnement nous a imposé depuis la nuit des temps.

Pour preuve, tous les maçons connaissent l’acronyme V.I.T.R.I.O.L. mais combien ont réellement fait le voyage ?

Revenons à notre exemple et quittons maintenant notre falaise pour nous jeter dans le Vide et…
…oh surprise…
…on ne tombe pas.
Pourquoi ?

Parce qu’une fois notre mental vide de ce que nous croyons être, plus rien ne nous différencie de cette absence de soi que nous redoutions auparavant. Nous sommes mentalement vides de ce que nous croyions être et pleins de ce qui “ est ”.

Nous sommes de tous temps fondamentalement pleins de ce qui “ Est ” mais amené à croire le contraire par l’ensemble des croyances séparatrices auxquelles nous nous sommes attachées.

La Réalité de ce que nous sommes réellement est faussée par l’opinion que nous avons de nous-mêmes. Non seulement, le cœur de l’artichaut est constamment présent sous les dizaines de couches de feuilles qui le masquent mais lesdites feuilles n’existent que parce le cœur de ce légume les a produites. Si une différence d’apparence existe entre le cœur et les feuilles, l’ensemble non formel reste artichaut.

Prendre conscience de cette indifférence, au delà des formes, ou de cette impersonnalité, au delà de ce que nous croyons être, nous conduit dans un espace mental vierge de toutes considérations égocentrées et par la même, égocentriques.

Le “ nous ”, le “ moi ”, le “ je ” n’existent plus. C’est l’indifférenciation qui ne peut plus être constatée par manque d’observateur.

La description impose la séparation et qui dit séparation crée une différenciation alors que le Vide de conditionnements ou d’égocentrisme est complet, plein et sans aucune partie puisqu’il n’existe plus d’égo observateur pour le décrire ou le diviser en préférences égocentrées.

Tous ceux qui tenteront de le faire ne pourront le faire que par rapport à ce qu’ils sont et que par rapport à ce qu’ils imaginent connaître d’eux-mêmes et du reste.
Comment pourrais-je décrire ce que je suis sans faire référence à ce que je crois être ? C’est cet état indescriptible auquel il est fait allusion dans les deux citations suivantes.
En Jean 10.30 : « Moi et le Père nous sommes un ». Formulation qui gomme toute idée de séparation et de différenciation.

Et la suivante qui exprime la même unité et la même unicité en Exode III, 13-14 : “ Je suis ce que je suis ”. » qui a aussi été traduite par “ Je suis celui qui est ”.

D’un autre côté, le piège de la différenciation semble être décrit en Jean 21 : 27 : « Vous, vous êtes d’en bas, et moi, je suis d’en haut ; vous êtes de ce monde, moi, je ne suis pas de ce monde. »

Si l’on fait l’effort de se détacher du sens connu pour franchir la barrière hermétique qui protège cette dernière citation, le message du Libérateur explique que s’il est bien parmi nous, en réalité, il n’est pas d’ici.

Mais d’où donc est-il ?

Et pourquoi de surcroît, nous raconte-t-il son histoire dont nous n’avons, soyons francs, strictement rien à faire ?

Dont nous n’avons rien à faire…

…jusqu’à ce que nous nous rendions compte que ce n’est pas de Lui dont il parle mais de moi ou plutôt de mon mental conditionné.

C’est de ma condition personnelle à laquelle il fait allusion, de mon attachement à ce que je crois illusoirement être.

Nous ne sommes pas, nous non plus, de ce monde, celui auquel nous croyons appartenir mais du seul existant, la Réalité.

Réalité qui est tout puisqu’une fois notre mental nettoyé de toutes les idées partielles et partiales qu’il contient, plus rien ni personne ne peut nous faire croire que nous sommes autre chose que ce que nous sommes réellement.

La Réalité est tout par absence de séparateur, le fameux diabolos, “ celui qui se jette en travers du chemin“. Chemin dont nous avons déjà entendu parlé en Jean 14 : 6 : « “ Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. ” »

C’est en croyant être ce que je crois être que je m’empêche mentalement d’être Tout. C’est en faisant le choix de croire à ce que je crois être que je m’extrais, mentalement bien sûr, de l’ensemble, de la totalité, de l’Unité. C’est comme si la feuille croyait exister indépendamment du cœur de l’artichaut alors qu’elle n’a été, n’est et ne sera à jamais qu’ “ artichaut ”.

Faire un choix, c’est s’exclure automatiquement de l’ensemble puisqu’en choisissant, je “ me ” mets à part de l’ensemble. Et comme je ne peux “ me ” penser que par rapport à ce que je crois être, je “ me ” prive de tout le reste.

Plus je m’enferme dans ce que je crois être, et plus je me prive de l’ensemble, de ce Vide qui est Plein et qui désigne l’état mental dans lequel je devrais être une fois vide de moi-même.

En étant vide de moi-même je prends conscience que je suis ce dernier — et non pas que “ je serais ”.

En “ me ” considérant moi-même, j’érige une barrière mentale entre ma personnalité illusoire et la réalité.

Ne nous trompons donc pas d’objectif.

Disserter pendant des heures sur les valeurs de tel ou tel symbole ou se gargariser de la justesse de tel ou tel Rituel n’a jamais empêché personne de se fourvoyer.

Pour preuve, quand un événement inattendu vient rompre le ronron d’une existence humaine banalisée, combien sommes-nous pour l’accueillir avec joie et délectation, par un encourageant “ bienvenu ” et ce, quelque soit sa gravité ?

Combien sommes-nous à profiter de cette occasion pour remettre en question le regard que nous portons sur nous-même et sur ce qui nous entoure ?

Généralement, c’est le contraire qui se produit.

L’intéressé surpris par ce qu’il va appeler une malédiction, une injustice, un drame qui semble s’abattre sur lui va se réfugier dans une attitude de victime. Victime de lui-même en réalité car il ne se rend pas compte qu’il souffre justement là, exactement là, précisément là, absolument là, où réside ses plus forts attachements, ceux-là même qu’il a affirmé avoir rompu lorsqu’il a déclaré lors de son entrée en Maçonnerie qu’il était “ libre et de bonnes mœurs ”.

Libre de quoi aurait-il dû se demander avant de faire cette déclaration majeure ? De ses mœurs dissolues directement issus de tous les attachements égocentrés dont il est l’esclave aurions-nous pu lui répondre.

Ainsi, plutôt que de plonger dans le profond désarroi qui anime la plupart des pseudo victimes de deuil, de licenciement, de chômage, de maladie, de revers de fortune, de peine de cœur et j’en passe et des meilleures, il devrait, bien au contraire, se réjouir d’avoir ainsi l’occasion de briser l’une de ses chaines.

N’oublions pas, c’est l’attitude d’indifférent qui correspond le mieux au détachement voulu par la logique de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Mais soyons précis, on ne parle pas ici de cette indifférence froide qui nous plongerait encore plus dans l’abîme de nos égocentrismes mais d’une indifférence indifférente, celle qui caractérise celui qui est conscient que la cassure qui s’est produite ne le concerne pas lui-même mais que l’une de ses constructions mentales erronées dont il doit prendre conscience afin de s’en libérer.

Une indifférence qui ni ne doit ni l’accabler ni ne le réjouir mais qui lui indique simplement sa possibilité de progression vers un peu plus de liberté.

Si vous deviez vous interroger sur la signification du mot “ liberté ” tournez-vous résolument vers celle de l’indifférence car il n’y a personne de plus libre que celui qui n’a aucune attache.

Être indifférent, c’est ne pas être différent. Et si je ne suis pas différent, c’est donc que je suis tout.

Être différent ou se croire différent n’est qu’une affirmation parmi tant d’autres de notre égocentrisme et notamment de notre absence de compassion vis-à-vis de ce qui nous entoure.

Si l’on a compris que ce que je crois être n’est qu’une émanation du Tout, une Sephira diraient les Cabalistes, comment ce dernier qui se manifeste au travers de ce “ je ” illusoire que je crois être pourrait-il être différent du reste vu que le “ reste ” n’existe pas ?

Pourquoi vouloir continuer d’être étranger à ce “ Je Suis ” que je suis fondamentalement ?

Vénérable Maître, j’ai dit!

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La Loge Tradition, fondée le 24 septembre 1972 à l'Orient de Lausanne et portant le No 51, est membre de la Grande Loge Suisse Alpina et travaille au Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA).

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